FESTIVAL DE POESIE SONORE
15 mai 2009Dans le cadre du festival de Poésie sonore (du 8 au 17 mai 2009), les élèves de 2nde en option Art dramatique ont participé, le lundi 11 mai, à un concours de récitation à La Maison de la Poésie. Guidés par leur enseignant, M. Le Dauphin, ils se sont initiés à l’art de la diction et de l’intériorité. Elue par un jury interne à l’établissement, Lisa L. était chargée de représenter le lycée Charles de Foucauld et d’entrer en scène, devant un public de lycéens parisiens et de leurs enseignants. Son poème :
Au fond du cœur, de Paul Eluard.
Au fond du coeur, au fond de notre coeur, un beau jour, le beau jour de tes yeux continue
Les champs, l'été, les bois, le fleuve.
Fleuve seul animant l'apparence des cimes.
Notre amour c'est l'amour de la vie, le mépris de la mort.
A même la lumière contredite, souffrante, une flamme perpétuelle.
Dans tes yeux, un seul jour, sans croissance ni fin, un jour sur terre, plus clair en pleine terre que les roses mortelles dans les sources de midi.
Au fond de notre coeur, tes yeux dépassent tous les ciels, leur coeur de nuit.
Flèches de joie, ils tuent le temps, ils tuent l'espoir et le regret, ils tuent l'absence.
La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.
Mais Lisa n’a pas gagné. Elle aurait pourtant dû figurer parmi les 3 lauréats désignés ce jour-là. Peut-être pas en première position, mais dans le peloton de tête, ça oui. Les jurés – un poète, quelques enseignants, des responsables à la Culture, une inspectrice de Lettres – ont étonné l’assemblée entière, et des cris de surprise ont envahi l’assemblée à l’annonce des résultats. La tirade du nez (Cyrano de Bergerac) par une élève du lycée Louis Le Grand, a déclenché l’enthousiasme de tous. Et pourtant, elle n’a pas remporté le premier prix. Ni le deuxième, ni le troisième d’ailleurs.
Certes, juger des performances d’autrui, malgré tout le recul que l’on peut prendre, relève d’un avis personnel et d’un ressenti que l’on ne peut pas toujours « objectiver ». A un autre niveau, la Palme d’or du Festival de Cannes ne fait pas toujours l’unanimité, et déclenche parfois des vagues de protestation. Et pourtant …
Je trouve dommage, d’un point de vue pédagogique mais pas seulement, de s’éloigner ainsi de l’avis du public, et notamment d’un public d’adolescents. Nous savions tous vers qui la préférence penchait ; et pour dire cela je m’appuie sur les bruits de la salle, de mes voisins, des échos entendus dans l’assistance …
N’est-il pas gênant, ainsi, que des personnalités représentant les enseignants dans l’esprit du public, les adultes, les « juges », se démarquent ainsi volontairement de l’avis des jeunes dont ils s’occupent ? Sans tomber dans une démagogie excessive, il me semble bon de faire un pas vers eux, de faire des compromis si nécessaire.
En tous cas, un mot d’explication, voire de justification, aurait été le bienvenu. Au moins pour reconnaître le talent de certains car même si ceux-ci n’entraient pas dans les critères retenus, il est toujours bon de souligner la beauté d’une performance. Car je veux bien l’admettre, l’art de la récitation poétique n’est pas mon domaine de spécialité, ni celui du public dont je faisais partie…
Par ailleurs, on nous a parlé d’un critère essentiel : l’intériorité. Comment s’évalue l’intériorité ? Pour ma part, avec tout le respect que je dois aux participants, et particulièrement aux gagnants, elle a rimé avec immobilité, et facilité. Intériorité, admettons ; mais il en manquait un pan essentiel : celui qui relie le récitant au récepteur. C’est ce que Lisa a très bien réussi à accomplir, ce geste vers le public, cette densité de l’émotion qu’elle est parvenue à nous transmettre.
Enfin, ne vous méprenez pas : ma diatribe n’est pas liée au sentiment d’échec du perdant, mais bien à celui de l’injustice et de l’incompréhension.
Je vous laisse seul juge de la qualité de la récitation : cliquez sur l'onglet "Vidéo" (partie supérieure du site), puis sur Play, et patientez quelques secondes, l'image et le son vont arriver !
Frédérique Chiffaut
Professeur-documentaliste